Morillon est une commune du département de la Haute-Savoie, située dans l'ancienne province du Faucigny, au cœur de la vallée du Giffre. Le toponyme « Morillon » appartient à une famille onomastique répandue dans l'espace francophone, que l'on retrouve sous diverses formes — nom de lieu, nom de famille, voire nom de cépage — et dont l'étymologie la plus communément admise renvoie à la racine pré-latine *mor- ou *mur-, désignant un terrain rocheux, sombre ou un amas de pierres, éventuellement complétée par le suffixe diminutif -illon. Cette racine, que l'on retrouve dans de nombreux toponymes alpins (Morêtel, Morgins, Morel), s'accorde parfaitement avec la configuration physique du site de Morillon, adossé aux contreforts calcaires du massif du Haut-Giffre, dans un paysage où les éboulis, les affleurements rocheux et les moraines glaciaires marquent profondément le relief. Selon les sources, le nom pourrait également être rapproché du bas-latin *maurilio, dérivé de *maurus* (sombre, brun), qualifiant peut-être la couleur des sols ou des roches environnantes.
Il convient de ne pas confondre cette commune savoyarde avec les nombreuses occurrences du patronyme Morillon que l'on rencontre dans les archives parisiennes et françaises de l'Ancien Régime. L'Almanach du commerce de 1798 mentionne ainsi à Paris une maison « Mœuré et Morillon, rec. de rentes, Anjou-Dauph., 11 » (Almanach du commerce, 1798), tandis que l'Almanach de 1811 signale une « Mad. Morillon, fripière » et que le Bottin de 1862 cite un « Morillon (Vte et Vtesse de), Rivoli, 194 » ainsi qu'un « Morillon, chaussur[es] » (Bottin, 1862). Ces homonymies, quoique sans lien direct avec la commune haut-savoyarde, témoignent de la diffusion ancienne du patronyme dans le royaume de France.
Morillon appartient au canton de Samoëns, dans l'arrondissement de Bonneville, département de la Haute-Savoie. La Géographie de la Haute-Savoie d'Adolphe Joanne précise que le « Canton de Samoëns » comprend quatre communes : « Morillon. Samoëns. Sixt. Verchaix », pour un total de « 4,758 h. ; 24,530 hect. » (Joanne, Géographie de la Haute-Savoie). Ce vaste canton, l'un des plus étendus du département avec ses 24 530 hectares, se caractérise par une dominante montagneuse et forestière, les quatre communes s'égrenant le long de la vallée du Giffre et de ses affluents.
Au XIXe siècle, l'enclavement progressif des hautes vallées du Faucigny fut rompu par l'établissement de lignes de chemin de fer secondaires. Joanne signale que « le chemin de fer d'Annemasse à Samoëns (M kil.) dessert Bonne-sur-Menoge, Pont-de-Fillinges, Viuz-en-Sallaz, Ville-en-Sallaz, Saint-Jeoire, Mieussy, Taninges, Verchaix-Morillon et Samoëns » (Joanne, Géographie de la Haute-Savoie). On remarque que Morillon ne disposait pas d'une gare propre mais partageait avec sa voisine Verchaix un arrêt commun, dénommé « Verchaix-Morillon », attestant la proximité géographique et la solidarité fonctionnelle de ces deux communes contiguës de la basse vallée du Giffre. Cette ligne ferroviaire, reliant Annemasse à Samoëns, suivait la vallée de la Menoge puis celle du Giffre, serpentant à travers le cœur industriel et pastoral du Faucigny.
Par ailleurs, la commune se trouvait reliée au réseau départemental par la route longeant le Giffre, qui permettait de rejoindre Taninges en aval et Samoëns en amont. L'ensemble du réseau des communications de la Haute-Savoie comprenait également la ligne « de la Roche à Cluses (25 kil.) » desservant « Saint-Pierre-de-Rumilly, Bonneville, Marignier et Cluses » (Joanne, Géographie de la Haute-Savoie), par laquelle on pouvait accéder à la vallée de l'Arve avant de bifurquer vers le Giffre.
Morillon s'inscrit dans le paysage caractéristique de la moyenne montagne faucignerande : fond de vallée alluvial où coule le Giffre, versants boisés d'épicéas et de sapins, alpages d'altitude et crêtes calcaires dominant l'ensemble. Le canton de Samoëns, avec ses 24 530 hectares pour seulement 4 758 habitants selon les chiffres de Joanne, présente une densité de population très faible, signe d'un espace largement occupé par la forêt, les pâturages et la haute montagne inhabitée.
Les sources disponibles ne fournissent aucune indication directe sur l'occupation antique ou gallo-romaine du site de Morillon. Il est toutefois vraisemblable que la vallée du Giffre, axe de circulation naturel entre la dépression de l'Arve et les cols conduisant vers le Valais, ait été parcourue dès l'Antiquité par les populations alpines. Les recherches archéologiques en Faucigny ont mis au jour, dans des communes voisines, des vestiges de l'époque romaine, mais rien de spécifique n'est signalé pour Morillon dans les documents consultés.
Pour la période médiévale, les sources exploitées ici demeurent également lacunaires. L'Histoire de Savoie mentionne Morillon dans son index : « Morillon. II. 64. 130 » (Histoire de Savoie, index), ce qui indique que la commune est citée au moins à deux reprises dans le deuxième volume de cet ouvrage. Malheureusement, les extraits fournis ne permettent pas de reconstituer le contenu précis de ces pages. Il est néanmoins certain que Morillon, comme l'ensemble des communes du Faucigny, relevait de la seigneurie des barons de Faucigny, puis, à partir du XIVe siècle, de la maison de Savoie après le rattachement du Faucigny au comté de Savoie par le traité de Paris de 1355.
La vallée du Giffre, dans laquelle se situe Morillon, a connu une occupation monastique significative au Moyen Âge. L'abbaye de Sixt, fondée au XIIe siècle par les chanoines réguliers de Saint-Augustin, étendait son influence spirituelle et temporelle sur l'ensemble de la haute vallée. Il est probable que les paroisses de Morillon, Verchaix et Samoëns aient été structurées sous cette influence ecclésiastique, même si les sources disponibles ne permettent pas de le documenter avec précision pour Morillon spécifiquement.
L'Histoire de Savoie livre un témoignage saisissant sur le climat religieux du duché au milieu du XVIe siècle. Dans un passage consacré à la répression des hérésies et des blasphèmes, l'ouvrage rapporte que « le 17 mars 1554, les blasphémateurs Gabriel Forest et P. Godard sont condamnés à l'amende de 60 sols ; le 6 septembre, la Cour confirme, en appel, une sentence de mort rendue par le bailli de Bresse contre Pierre Morillon, convaincu du même crime, et y ajoute cette aggravation qu'il a... » (Histoire de Savoie). Ce Pierre Morillon, condamné à mort pour blasphème en 1554, porte le même nom que la commune, sans qu'il soit possible d'établir un lien certain entre ce personnage et le village haut-savoyard. Il pourrait s'agir d'un individu originaire de Morillon — le patronyme dérivant alors du toponyme, selon un procédé onomastique courant —, ou simplement d'un homonyme de la Bresse savoyarde. Quoi qu'il en soit, cette affaire illustre la sévérité de la justice ducale à l'égard des crimes religieux dans le contexte des guerres de Religion, à une époque où les idées réformées commençaient à pénétrer en Savoie par la frontière genevoise.
Le même ouvrage mentionne, dans un contexte différent, des « Lettres des ministres Morillon et Granvelle, publiées en 1839 » (Histoire de Savoie). Il s'agit ici de la correspondance diplomatique entre Antoine Perrenot de Granvelle, cardinal et homme d'État au service des Habsbourg, et Maximilien Morillon, son vicaire général à Malines, publiée dans les recueils de sources du XIXe siècle. Ce Maximilien Morillon (vers 1517-1586), prévôt du chapitre d'Aire, puis vicaire général de l'archevêché de Malines, fut une figure importante de la Contre-Réforme dans les Pays-Bas espagnols. Sa correspondance avec Granvelle, abondamment citée par les historiens, constitue une source de premier ordre pour l'histoire politique et religieuse du XVIe siècle. Là encore, le patronyme est commun sans qu'un lien avec la commune savoyarde puisse être établi.
Au cours des XVIe et XVIIe siècles, Morillon partagea le destin de l'ensemble du Faucigny, terre savoyarde située aux confins du duché, régulièrement traversée par les conflits entre la Savoie et la France. La vallée du Giffre, relativement isolée, connut sans doute moins directement les ravages des guerres que les plaines de l'avant-pays, mais elle n'échappa pas aux difficultés économiques, aux épidémies et aux contraintes fiscales qui pesaient sur les communautés montagnardes.
L'Histoire de Savoie mentionne que le duc autorisa, le 19 décembre, « les gens des trois estais de la val d'Aoste à s'assembler pour réunir, colliger et rédiger par écrit leurs coutumes d'autant que toutes nouvélletés sont odieuses et que chacun désire son naturel n'estre forcé » (Histoire de Savoie). Cette démarche de codification coutumière, achevée en 1586 pour le Val d'Aoste, reflète un mouvement plus large qui toucha l'ensemble des provinces savoyardes, chacune cherchant à fixer par écrit ses usages locaux face à la centralisation progressive du pouvoir ducal. Le Faucigny, et avec lui Morillon, était administré par un bailli local, sous l'autorité supérieure du Sénat de Savoie.
L'annexion de la Savoie par la France révolutionnaire en 1792 transforma profondément l'organisation administrative du territoire. Le Faucigny fut intégré au département du Mont-Blanc, puis, après le Concordat et les réorganisations napoléoniennes, au département du Léman. L'Histoire de Savoie fait référence à « la Statistique du département du Mont-Blanc, rédigée par M. de Verneilh, en 1807 » qui « contient quantité de faits, de chiffres authentiques, et de détails agricoles et économiques, qui offrent encore aujourd'hui un sérieux intérêt » (Histoire de Savoie). Ce document administratif, dressé sous l'Empire, constitue une source précieuse pour connaître l'état des communes du Faucigny, dont Morillon, au début du XIXe siècle.
Après la chute de Napoléon et la Restauration sarde (1815), Morillon réintégra les États de Sardaigne, au sein de la province du Faucigny. La commune retrouva l'administration piémontaise jusqu'à l'annexion définitive de la Savoie à la France en 1860, à la suite du traité de Turin et du plébiscite du 22 avril 1860.
Avec l'annexion de la Savoie à la France, Morillon fut intégrée au nouveau département de la Haute-Savoie, créé par décret du 15 juin 1860. La commune fut placée dans le canton de Samoëns, au sein de l'arrondissement de Bonneville. Ce cadre administratif est celui que décrit Joanne dans sa Géographie de la Haute-Savoie, où le canton de Samoëns comprend les quatre communes de Morillon, Samoëns, Sixt et Verchaix, totalisant « 4,758 h. ; 24,530 hect. » (Joanne, Géographie de la Haute-Savoie).
L'un des faits marquants du XIXe siècle finissant pour Morillon fut l'arrivée du chemin de fer. La ligne d'Annemasse à Samoëns, dont Joanne détaille le parcours, représenta une véritable révolution pour les communes de la vallée du Giffre. En desservant « Bonne-sur-Menoge, Pont-de-Fillinges, Viuz-en-Sallaz, Ville-en-Sallaz, Saint-Jeoire, Mieussy, Taninges, Verchaix-Morillon et Samoëns » (Joanne, Géographie de la Haute-Savoie), cette ligne mit fin à l'isolement séculaire de la haute vallée et permit le développement des échanges commerciaux, l'exportation des produits agricoles et forestiers, et l'amorce d'une fréquentation touristique qui allait devenir, au siècle suivant, l'un des moteurs économiques de la région.
La gare de « Verchaix-Morillon », partagée entre les deux communes, témoigne de la modestie démographique de chacune d'elles et de la rationalité de l'implantation ferroviaire en territoire de montagne, où les contraintes topographiques imposaient de limiter le nombre des arrêts.
L'une des informations les plus précises que livrent les sources sur Morillon concerne ses ressources minérales. L'Histoire de Savoie, dans un développement consacré à la géologie et aux richesses naturelles du duché, signale « les dépôts du trias pour les plâtres, à Armoy, près de Thonon, à Morillon (Faucigny) ; de même que les gypses de Grignon (Albertville) » (Histoire de Savoie). Cette mention situe Morillon parmi les sites d'exploitation du gypse triasique en Savoie, une ressource essentielle pour la fabrication du plâtre, matériau de construction omniprésent dans l'architecture traditionnelle savoyarde.
Les dépôts de trias, caractéristiques des terrains sédimentaires des Préalpes calcaires, affleurent en effet dans la vallée du Giffre, où les mouvements tectoniques alpins ont porté au jour des couches géologiques anciennes. L'exploitation du gypse à Morillon s'inscrit dans une tradition industrielle locale qui a pu fournir un complément de revenus non négligeable aux populations paysannes, notamment durant les longs mois d'hiver où l'activité agricole était réduite.
L'ouvrage de référence cité par l'Histoire de Savoie pour approfondir la connaissance des ressources naturelles est « la Statistique du département du Mont-Blanc, rédigée par M. de Verneilh, en 1807 » qui « contient quantité de faits, de chiffres authentiques, et de détails agricoles et économiques, qui offrent encore aujourd'hui un sérieux intérêt » (Histoire de Savoie). Pour les antiquités, l'auteur renvoie à « la Description des Alpes grecques et cottiennes, d'Albanis Beaumont, livre consciencieux qui complète le Theatrum Sabaudiæ de 1735 » (Histoire de Savoie).
Comme l'ensemble des communes de la vallée du Giffre, Morillon vivait principalement d'une économie agro-pastorale fondée sur l'élevage bovin, la production laitière, l'exploitation forestière et les cultures vivrières de fond de vallée. La faible densité de population du canton de Samoëns — environ 19 habitants au kilomètre carré d'après les chiffres de Joanne — reflète le caractère montagnard et extensif de cette économie, où les vastes alpages d'altitude constituaient la principale richesse des communautés.
La transhumance estivale vers les alpages, l'affouage communal dans les forêts, la fabrication des fromages (dont le reblochon et l'abondance, bien que ce dernier soit plus caractéristique du Chablais) et le petit artisanat hivernal complétaient les revenus des familles morillonnaises.
Les sources consultées ne fournissent pas de description détaillée des monuments de Morillon. Il est cependant établi que la commune possédait, comme toutes les paroisses du Faucigny, une église paroissiale dont la fondation remonte vraisemblablement au Moyen Âge, probablement sous l'influence de l'abbaye voisine de Sixt ou de la collégiale de Samoëns. L'architecture religieuse du Faucigny, marquée par le baroque savoyard aux XVIIe et XVIIIe siècles, a laissé dans de nombreuses églises de la vallée du Giffre des retables, des tabernacles dorés et des décors peints d'une grande richesse, dont Morillon a pu bénéficier.
Le patrimoine civil traditionnel de Morillon se composait de fermes et de chalets de montagne construits en bois et en pierre, selon les techniques ancestrales de la charpenterie faucignerande, avec leurs balcons à balustres de bois, leurs toits à larges débords et leurs greniers à grains ventilés.
La seule figure nominativement liée au nom de Morillon dans les sources historiques savoyardes est ce Pierre Morillon, condamné à mort par le bailli de Bresse, dont la sentence fut confirmée et aggravée par la Cour en septembre 1554. L'Histoire de Savoie rapporte que « la Cour confirme, en appel, une sentence de mort rendue par le bailli de Bresse contre Pierre Morillon, convaincu du même crime [de blasphème] » (Histoire de Savoie). L'aggravation de la peine par la juridiction d'appel souligne la gravité avec laquelle le blasphème était traité dans la justice savoyarde du XVIe siècle, à une époque où la menace protestante poussait les autorités catholiques à une vigilance accrue.
Sans lien direct avec la commune savoyarde, mais portant le même patronyme, Maximilien Morillon fut vicaire général de l'archevêché de Malines sous le cardinal de Granvelle, au XVIe siècle. Ses lettres, « publiées en 1839 » (Histoire de Savoie), constituent une source diplomatique majeure pour l'histoire des Pays-Bas espagnols et de la Contre-Réforme.
Les archives commerciales parisiennes du XVIIIe et XIXe siècle font apparaître plusieurs porteurs du nom Morillon dans la capitale : un « receveur de rentes » associé à la maison « Mœuré et Morillon » en 1798 (Almanach du commerce, 1798), une « Mad. Morillon, fripière » en 1811 (Almanach du commerce, 1811), un « Vicomte et Vicomtesse de Morillon, Rivoli, 194 » et un marchand de chaussures du même nom en 1862 (Bottin, 1862). L'index des archives signale également un renvoi « MORILLON (Pierre), voir : MORILLON (Nicolas) », suggérant l'existence d'une famille Morillon suffisamment notable pour figurer dans les répertoires biographiques, sans que les extraits disponibles permettent d'en préciser l'histoire.
Morillon s'inscrit dans le contexte plus large de la vallée du Giffre, l'une des grandes vallées longitudinales des Préalpes du nord, qui s'étend de Taninges au cirque du Fer-à-Cheval, au-dessus de Sixt. Cette vallée, profondément encaissée, a longtemps constitué un monde relativement fermé, où les communautés villageoises vivaient en quasi-autarcie, ne communiquant avec l'extérieur que par le défilé de Taninges en aval.
Le canton de Samoëns, dont faisait partie Morillon, se distinguait cependant par la tradition migratoire de ses habitants. Les tailleurs de pierre de Samoëns, célèbres dans toute l'Europe depuis le Moyen Âge, avaient constitué une confrérie professionnelle — les « Frahans » — qui exportait ses savoir-faire jusqu'à Paris et au-delà. Il est vraisemblable que les habitants de Morillon, commune immédiatement voisine de Samoëns, aient participé à cette tradition de migration saisonnière, apportant ainsi à leur village les revenus d'une activité exercée au loin.
L'Histoire de Savoie souligne la richesse géologique du Faucigny en mentionnant les « dépôts du trias pour les plâtres » à Morillon (Histoire de Savoie). Cette indication s'inscrit dans un inventaire plus large des ressources minérales de la Savoie, qui comprenait également les ardoisières, les mines de fer, les carrières de marbre et les sources minérales. La vallée du Giffre, avec ses affleurements calcaires, ses gorges spectaculaires et ses cascades, offrait un paysage géologique d'une diversité remarquable, que les naturalistes et les géologues du XIXe siècle commencèrent à étudier systématiquement.
L'ouvrage d'Albanis Beaumont, « Description des Alpes grecques et cottiennes », et le « Theatrum Sabaudiæ de 1735 » sont signalés par l'Histoire de Savoie comme des références essentielles « pour tout ce qui a trait aux antiquités » (Histoire de Savoie) de cette région.
Le fait que Morillon ait partagé sa gare ferroviaire avec la commune voisine de Verchaix constitue un trait caractéristique de l'aménagement du territoire en montagne. Cette gare commune, située sur la ligne d'Annemasse à Samoëns, symbolise à la fois la modestie démographique des deux communes et leur complémentarité fonctionnelle au sein de la vallée du Giffre.
La présence de gisements de gypse triasique à Morillon, signalée par l'Histoire de Savoie, constitue une originalité géologique et économique notable. L'exploitation du plâtre, matériau humble mais indispensable, a marqué le paysage et l'économie locale, laissant sans doute des traces dans la topographie communale sous forme d'anciennes carrières ou de fours à plâtre.
Le canton de Samoëns, dont Morillon constitue l'une des quatre communes, se distingue par son étendue considérable (24 530 hectares) et sa population relativement modeste (4 758 habitants selon Joanne). Ce rapport superficie-population, l'un des plus déséquilibrés du département de la Haute-Savoie, reflète le caractère profondément montagnard de ce territoire, où les espaces habitables se limitent aux fonds de vallée et aux replats intermédiaires, tandis que la plus grande partie du canton est occupée par les forêts, les alpages et la haute montagne rocheuse et glaciaire.
Les principales sources exploitées pour cette monographie sont les suivantes :
- Joanne (Adolphe), *Géographie de la Haute-Savoie*, qui fournit les données administratives et démographiques du canton de Samoëns ainsi que le tracé du chemin de fer d'Annemasse à Samoëns desservant Verchaix-Morillon.
- Histoire de Savoie (ouvrage en trois volumes), qui mentionne Morillon à propos de ses gisements de gypse triasique (t. II, p. 64), dans son index général (t. II, p. 64, 130), et dans le contexte de la condamnation pour blasphème de Pierre Morillon en 1554. Le même ouvrage renvoie aux « Lettres des ministres Morillon et Granvelle, publiées en 1839 » et à la « Statistique du département du Mont-Blanc, rédigée par M. de Verneilh, en 1807 ».
- Almanach du commerce de 1798, Almanach du commerce de 1811 et Bottin de 1862, qui attestent l'existence de porteurs du patronyme Morillon à Paris aux XVIIIe et XIXe siècles.
L'étude approfondie de Morillon nécessiterait la consultation des archives communales, des registres paroissiaux conservés aux Archives départementales de la Haute-Savoie, de la tabelle des droits seigneuriaux du Faucigny, ainsi que des ouvrages spécialisés sur la vallée du Giffre, notamment les travaux de Max Bruchet sur le Faucigny et les monographies locales du chanoine Gonthier. La Statistique de Verneilh (1807) et la Description d'Albanis Beaumont, explicitement recommandées par l'Histoire de Savoie, constitueraient des sources complémentaires de premier ordre pour approfondir la connaissance de cette commune montagnarde du Faucigny.
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*Note de l'auteur* : Les sources primaires disponibles pour Morillon demeurent fragmentaires. Les mentions de la commune dans les ouvrages régionaux se limitent pour l'essentiel à des données administratives (rattachement cantonal, desserte ferroviaire) et à une indication géologique (gisements de gypse). L'index de l'Histoire de Savoie renvoie à des pages dont le contenu complet n'a pu être consulté dans le cadre de la présente étude. Une monographie définitive de Morillon supposerait un dépouillement systématique des archives départementales de la Haute-Savoie, des fonds notariaux du Faucigny et des registres de la Chambre des Comptes de Turin, qui conservent les documents relatifs à l'administration savoyarde de l'Ancien Régime.